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 La beauté du diable

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Schaum
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Nombre de messages : 31
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Date d'inscription : 31/03/2008

MessageSujet: La beauté du diable   Jeu 3 Avr - 1:40

Un texte de dissertation que j'ai écrit il y a deux ans.


« La beauté du diable »


De toutes les représentations du diable, aucune n’est avantageuse, aucune n’est raffinée, aucune n’est attirante, bref aucune n’est belle ! Ce choix de la laideur appliqué à la représentation du diable révèle un souhait précis de la part de l’homme de rendre Satan effrayant. Mais dans la réalité, le diable est-il si effrayant ? Est-il si laid ? N’existe-t-il pas une « beauté du diable » ? Le diable, dans le sens religieux en tant que représentation de tous les péchés, comme dans le sens général de tous les maux et mauvaises pensées qui affligent l’homme et l’humanité, possède en effet dans une certaine mesure, une beauté. Que ce soit en terme de beauté comme attirance, comme représentation de notre moi intérieur ou comme simple beauté objective, dénuée de préoccupations morales, il existe une beauté du diable, une beauté du mal. Mais d’où vient cette beauté ? En quoi en est-elle attirante ? Et par conséquent, est-elle dangereuse ?

Si l’on en revient à la base de ce qu’est le diable, si on revient à la religion on constate que Satan est en fait un ange déchu, le plus beau des anges… Donc la tradition d’associer le diable à la laideur, de l’associer à ce qui fait peur est une ineptie. A l’origine, le diable est beau, il est même magnifique ; alors pourquoi le rendre affreux et monstrueux ? Afin de rendre le mal, le péché (pour les chrétiens) repoussant, effrayant ! Un diable d’une grande beauté aurait pu attirer les gens dans le péché. Mais donc, comme nous l’avons vu dès l’origine, beauté et diable ne sont pas incompatibles, bien au contraire et cette beauté peut prendre bien des aspects et des représentations.
La première beauté, et la plus évidente, est la beauté physique, la beauté que l’on voit au premier abord, la beauté du corps. Cette beauté est si l’on peut dire la plus trompeuse et la plus habituelle, mais pas la plus dangereuse, comme nous le verrons par la suite. Elle trompe parce que dans ce cas où elle est diabolique, l’extérieur et l’intérieur ne correspondent pas, l’un est beau et attirant alors que l’autre est laid et repoussant (en partant du principe que l’être humain est effrayé par le mal, de part sa conscience morale mais aussi sa lâcheté). Les personnes diaboliquement belles, sont des personnes qui nous paraissent bonnes parce que belles mais les apparences sont trompeuses. L’exemple célèbre de Valmont dans les liaisons dangereuses est assez révélateur de cette double réalité de la beauté d’un individu partagée entre ce qu’on parait et ce qu’on est. Nous avons donc là une première beauté que l’on peut dire « du diable », c’est la plus répandu et elle peut être très troublante et créer de grandes peines (de cœur principalement), mais elle est loin d’être la plus dangereuse !
Une beauté qui peut en étant diabolique, s’avérait plus dangereuse, est la beauté de la rhétorique. Les belles paroles séduisantes sont un facteur de danger plus important qu’un beau physique car elles peuvent convaincre et entraîner avec elles des foules entières ! Quand elles sont bienfaisantes, l’effet est louable, mais dés lors que tout en paraissant bienfaisantes, elles sont proférées par un personnage malfaisant, l’effet peut être dévastateur ! Le danger peut alors concerner des peuples entiers et pas seulement les peines plus ou moins profondes de quelques individus comme c’est le cas pour la beauté physique diabolique. Cette forme de beauté du diable est bien représentée par les sophistes qui apprenaient le maniement des mots à des fins pas toujours très respectables… Nous avons donc là une forme de beauté du diable qui est bien plus dangereuse que la précédente car elle peut mobiliser des forces importantes et donc accomplir des actes d’une gravité extrême. Dans le domaine de l’ouïe, la légende des sirènes représente aussi une forme de beauté diabolique, la beauté de leurs chants qui s’avèrent être fatale à qui y succombe.

Autre qu’une beauté ne répondant qu’aux simples « hallucinations » de nos sens, il y a la beauté répondant à nos états d’esprits, à notre intérieur. Lorsqu’on broie du noir, lorsque le moral est au plus bas, des choses horribles qui nous auraient révulsées en temps normal peuvent nous paraître belles, émouvantes. Par exemple, des paysages dévastés, des scènes d’horreurs, des visions funèbres…autant de choses pouvant être associées au diable et qui pourtant peuvent revêtir une certaine beauté selon la personne qui les regarde et les conditions dans lesquelles elle les regarde. Le seul danger de cette beauté du diable là est de plonger dans le satanisme ou le gothique pour les personnes les plus « noires » mais, il s’agit d’un danger plutôt limité, d’autant que souvent passager et dépassant rarement la simple revendication vestimentaire. On peut donc trouver beau des choses diaboliques non pas parce que nous sommes diaboliques mais parce que l’œuvre, le paysage observé semble répondre à notre état d’esprit du moment ; nous projetons notre malheur dans des choses affreuses. Cette forme de beauté que l’on peut également qualifiée « du diable » serait presque même vertueuse de part son aspect cathartique.
Si l’on devait trouver un synonyme à une sorte de beauté du diable, cela pourrait être la tentation. Déjà un des sept péchés capitaux, la tentation est en effet troublante par son aspect à la fois attirant (donc beau !) et repoussant car vicieux et dangereux. La tentation représente en effet un désir qui nous attire fortement, et quelque chose d’attirant n’est il pas quelque chose que l’on peut traiter de beau ? On peut donc considérer la tentation comme une beauté, et en plus d’être belle et attirante, il s’agit d’un péché (pour la religion), d’un mal car le bonheur attendu en y succombant comporte nécessairement un désagrément en proportion ! L’histoire de Faust en vendant son âme au diable afin d’obtenir le savoir universel montre bien cette contrepartie ! « En échange de ton âme tu auras le savoir universel » or vendre son âme au diable est quelque chose de profondément maléfique (en tout cas dans la religion). La tentation concerne généralement ce qui est socialement interdit, ce qui n’est pas accepté par la société elle correspond au diable pour une société donnée. Mais le diable comme la beauté ne sont ils pas question de point de vue ?
On peut en effet penser que parler d’une beauté du diable n’a de sens que si les idées de diable et de beauté sont des idées valables ! Le mal et le beau sont en effet des notions plutôt subjectives et qui donc diffèrent d’une personne à l’autre. Ce serait donc considérer qu’il n’y a pas de beauté du diable car la beauté et le mal sont deux notions vides de consistance. Ce raisonnement parait être le plus dangereux de tous car ne pas reconnaître de beauté du diable, revient à ignorer le mal et son pouvoir d’attraction, donc sa beauté ! On peut considérer que la beauté est quelque chose de subjectif, mais le mal, lui, ne doit pas tomber dans ces considérations ! Les actes des nazis pendant la seconde mondiale possèdent finalement une certaine beauté, de part la perfection de leurs organisations, leurs respects de l’engagement (Hitler a été jusqu’au bout de ses projets, n’est ce pas admirable ?!), mais si on peut leur trouver une beauté, il est impensable de les considérer en dehors de l’ordre moral ! Ces actes malgré une certaine beauté étaient le mal absolu ! Une beauté du diable en somme ! Mais est ce que le mal existerait s’il n’avait pas une certaine beauté ? Les hommes ne tombent dans le mal, ne sont attirés par le diable que parce qu’il revêt une beauté ! Pourquoi aller dans le mal sans ça ? Sa beauté est l’essence même de l’existence du diable, l’un et l’autre ne sont pas indissociables. Tout ce qui est beau emporte avec lui un certain risque de malfaisance, et tout ce qui est mal s’entoure d’apparats de beauté justifiant par là son existence même.
Et parmi les attributs du diable, que ce soit la parole, la beauté physique ou la tentation, tous ne deviennent diaboliques que lorsqu’ils sont beaux ! Plus un homme a un bel esprit (est intelligent), plus il sera capable d’un raffinement dans le mal, amenant ce dernier à son apogée. La beauté rend au diable toute sa puissance, et sa capacité à canaliser les désirs humains les moins avouables, ses tentations les plus obscures !

Il existe donc bien une beauté du diable et on peut même dire que si elle n’existait pas, le mal n’existerait pas. Les différents attributs de cette beauté entraînent des dangers différents par leur intensité. Cependant, ne pouvons nous pas imaginer un sens au mot beauté qui le replacerait dans l’ordre moral, le rendant ainsi incompatible avec l’idée de diable ou même de mal ? Le beau ne peut il pas être vu en opposition avec le mal, comme le bien auquel on aurait ajouter une dimension esthétique ? Donner ce sens au beau entraînerait une condamnation accrue du mal, ce qui serait certainement souhaitable ! On ne dirait plus de quelqu’un qu’il est beau tant qu’on ne connaîtrait pas son esprit, son âme, ce qu’il est ! On ne traiterait ainsi de beau que ceux qui le méritent et qui font les efforts nécessaires pour rendre l’humanité meilleure, plus belle !
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Alain
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MessageSujet: Re: La beauté du diable   Jeu 3 Avr - 8:50

Ce texte pose pas mal de questions intéressantes et j'imagine qu'il donnera à réfléchir à plus d'une et plus d'un. Je le relis à tête reposée et je reviens en parler tout à l'heure ou demain.
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Abraxas
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MessageSujet: Re: La beauté du diable   Jeu 3 Avr - 15:02

La beauté du diable... Un grand poète en a déjà fait l'expérience Wink

C'est d'ailleurs un thème très souvent utilisé de nos jours, que ce soit dans le cinéma ou même dans lunivers des manga ou des jeux vidéo, les personnages jouant le rôle du "méchant" est presque toujours soit très beau, soit très charismatique. Je pourrais prendre comme exemple de beauté de la réthorique malsaine, le personnage d'Hannibal Lecter, qu'on se met presque à adorer malgré les horreurs dont il est l'auteur. Car sa capacité à bien parler et donc à manipuler l'esprit humain reste quelque chose de fascinant pour l'homme.
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Alain
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MessageSujet: Re: La beauté du diable   Jeu 3 Avr - 15:41

"La Beauté du Diable", pour moi c'est surtout un vieux film de René Clair, avec Gérard Philippe et Michel Simon, une variation sur le pacte avec Faust.
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